Interview exclusive du professeur Valter LONGO

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Que de chemin parcouru depuis sa Ligurie natale, l’une des régions d’Italie comptant le plus fort taux de seniors au monde. Valter Longo, en trente ans de carrière à Los Angeles, est devenu l’un des plus grands spécialistes du jeûne. Dans les deux instituts de recherche qu’il dirige, l’un en Californie, l’autre à Milan, ce scientifique
passionné tente de percer les mystères du vivant. Comment vivre et mourir en bonne santé ? La question obsède le chercheur, qui, le premier, a montré les effets bénéfiques du jeûne dans le traitement du cancer. Dans un entretien exclusif, le Pr Longo décrit ses travaux de recherche en cours. Il explique comment le jeûne
active la production de cellules souches, régénère les organes, stimule l’autoguérison et déclenche un ‘‘rajeunissement’’ de l’intérieur.

JEÛNE & BIEN-ÊTRE – Quelles sont les dernières découvertes médicales à propos du jeûne ?

VALTER LONGO – Aux États-Unis, les études portant sur le jeûne et la maladie sont toutes focalisées sur le cancer. Il y a aussi plusieurs études en cours sur le jeûne et le cancer en Europe. Le dernier article, publié il y a quelques mois en Allemagne, a étudié la faisabilité et les effets du jeûne sur des femmes atteintes d’un cancer gynécologique. Ces patientes ont fait un jeûne de courte durée [quelques jours,
NDLR] durant leur chimiothérapie. Le jeûne a été bien toléré. Il a augmenté la qualité de vie et réduit la fatigue de ces femmes.

Plusieurs essais cliniques cherchent à vérifier les effets du jeûne sur la sécurité et les effets secondaires des traitements anti-cancer. Pour le moment, il n’y a pas plus d’information disponible, nous devons attendre les conclusions. Globalement, les études suggèrent que le jeûne combiné aux traitements de chimiothérapie est une pratique sûre, qui contribue à réduire les effets indésirables des traitements eux-mêmes.

JEÛNE & BIEN-ÊTRE – Sur quoi portent vos travaux scientifiques du moment à Los Angeles ?

VALTER LONGO – Mon équipe a mis au point un régime imitant le jeûne et qui se nomme FMD (« fasting-mimicking diet »). Nous étudions différentes versions de ce régime sur l’homme, au travers d’essais cliniques. Nous testons la capacité de ces régimes à restaurer la santé dans des pathologies telles que le diabète, le cancer du sein, le cancer de la prostate et les maladies auto-immunes, notamment les scléroses. Nous venons juste d’obtenir un financement pour un essai clinique sur la maladie d’Alzheimer en Italie. Précisons que les régimes que nous utilisons dans ces essais sont adaptés à ces pathologies, et très différents du régime FMD pour personnes en bonne santé dont je parle dans mon livre.

Des informations sur ces régimes en cours de test sont régulièrement mises en ligne sur nos sites* Internet. Le régime FMD a une action puissante. Il devrait être utilisé uniquement sous supervision médicale, dans les conditions cliniques déjà testées par plus de 70 000 personnes.

JEÛNE & BIEN-ÊTRE – Aux personnes intéressées par le jeûne, quels conseils donneriez-vous ? Y a-t-il des précautions à prendre selon son propre état de santé ?


VALTER LONGO – Idéalement, la fréquence à laquelle jeûner est une décision à prendre avec l’aide d’un médecin ou d’un diététicien. Bénéficier d’une supervision médicale est très important. Les directives générales sont les suivantes : une
fois par mois pour les patients en surpoids ou obèses avec au moins deux facteurs de risque (diabète, cancer, maladie cardiovasculaire ou neurodégénérative). Une fois tous les deux mois pour les patients de poids moyen avec au moins deux facteurs de risque. Une fois tous les trois mois pour les patients de poids moyen avec au moins un facteur de risque. Une fois tous les quatre mois pour les patients avec un régime normal et sans activité physique. Une fois tous les six mois pour les patients en bonne santé avec un régime idéal et une activité physique régulière. Dans tous les cas, je recommande la version de FMD testée cliniquement, pour des raisons de sécurité et d’efficacité. JEÛNE & BIEN-ÊTRE – Quels sont les principaux effets attendus sur l’organisme ? VALTER LONGO – Les études sur l’animal ont montré que
la cure qui mime les effets du jeûne (FMD) corrige les effets du vieillissement et allonge la durée de vie en bonne santé grâce à plusieurs processus. L’ensemble des cellules basculent dans un mode de protection anti-vieillissement. L’autophagie, ce mécanisme qui permet à une cellule de « manger » des parts d’elle-même, est encouragée. Ce qui est endommagé dans la cellule est remplacé par de nouveaux
composants fonctionnels. Les cellules abîmées dans tel ou tel organe sont détruites et remplacées par de nouvelles cellules issues de l’activation des cellules souches. À l’échelle du corps entier, on observe une bascule menant à la combustion des graisses abdominales et viscérales. Ce processus se poursuit après le retour à un régime normal.

Cela est probablement dû à des changements épigénétiques, qui consistent en des modifications de l’ADN et des protéines assurant la structure de l’ADN [l’expression des gènes s’en trouve durablement modifiée, NDLR].

JEÛNE & BIEN-ÊTRE – Et sur l’humain, qu’observe-t-on concrètement ?

VALTER LONGO – Notre étude randomisée sur une centaine de patients menée à Los Angeles, à l’USC Medical Center, a abouti à des résultats impressionnants. Les participants qui ont adopté un régime FMD pendant cinq jours par mois sur une période de trois mois ont montré des résultats remarquables par rapport à plusieurs paramètres : perte de poids, masse musculaire, taux de glucose, pression artérielle,
cholestérol, facteur de croissance IGF-1 (associé à un risque élevé de cancer), protéine C réactive (facteur de risque pour les maladies cardiovasculaires), triglycérides. Après trois cycles de FMD, nous observons une diminution des facteurs de risque pour le diabète, le cancer et les maladies cardiovasculaires. Trois mois après le dernier cycle de FMD, les patients testés continuent de bénéficier d’une perte significative de leur masse grasse, et d’autres avantages : tour de taille, taux de glucose, taux d’IGF-1,pression artérielle… Tout ceci suggère que le recours régulier
au régime FMD, tous les trois mois, peut suffire à réduire le risque de nombre de maladies.


JEÛNE & BIEN-ÊTRE – De prochaines annonces scientifiques sont-elles imminentes ?

VALTER LONGO – Nous supervisons une quarantaine d’essais cliniques dans le monde, en collaboration avec des hôpitaux de différents pays : Italie, Etats-Unis, Australie… Différentes conditions cliniques sont testées de façon spécifique pour chaque pathologie. Trois études portant sur notre régime FMD viennent juste de s’achever. Nous allons publier les résultats dans la presse scientifique internationale.
Nous pourrons en reparler bientôt !

LE RÉGIME FMD, C’EST QUOI PRÉCISÉMENT ?

Le classique jeûne à l’eau est facile à mettre en place mais il présente parfois quelques inconvénients (possible sensation de faim ou fatigue). Pour y pallier, le Pr Longo a mis au point un régime qui imite les effets du jeûne (« fasting-mimicking diet », FMD). Sont surtout ciblées les personnes atteintes de maladie chronique. Étalée sur cinq jours, la cure FMD fournit quelques centaines de calories par jour issues de sucres lents (brocolis, tomate, carotte, potiron…) et de graisses saines (noix, amandes, huile d’olive…). S’y ajoutent un complément alimentaire en vitamines et minéraux et une gélule d’oméga 3 et 6. À boire, du thé sans sucre et de l’eau à volonté.

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