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Label bio : pourquoi il ne faut l’acheter les yeux fermés

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S’il a eu le mérite de fixer un cadre, le label AB montre aujourd’hui ses limites. Son cahier des charges tirerait même le bio vers le bas…

Le bio pèse 8 milliards d’euros de chiffre d’affaires en France, en croissance de 16% par an. Pour certains produits, la part de marché est tout sauf anecdotique : 20% pour les oeufs et 12% pour le lait par exemple. Le développement (exponentiel) du bio suscite toutefois des sentiments contrastés parmi ses partisans historiques. Des craintes apparaissent face à l’arrivée de gammes de première région bio de France. « Avec un tel développement, ne risque t-on pas d’adopter des pratiques contraires à l’esprit du bio, de se diriger vers des modes de production de plus en plus proches de l’agriculture industrielle, ou même de voir se créer une agriculture biologique à deux vitesses ? », s’interroge Ronan Le Velly, maître de conférences en sociologie à Montpellier SupAgro.

Prenons le label AB, ces deux lettres sur fond vert, créé en 1985 et reconnu par 97% de la population (dernier baromètre Agence Bio-CSA). La marque, propriété du ministère de l’Agriculture, est une vraie garantie pour les consommateurs, interdisant notamment l’usage de pesticides de synthèse. « Cette garantie est d’autant plus nécessaire que le marché s’étend vers les circuits conventionnels de la grande distribution ou de l’industrie agroalimentaire », analyse Ronan LeVelly. Mais, si ce label permet de différencier les produits bio des produits non bio, il tend aussi à masquer la diversité des agricultures biologiques. « Le label AB ne dit rien, par exemple, de la taille des exploitations ou des conditions d’embauche des ouvriers agricoles. Il ne permet pas non plus de distinguer les démarches plus exigeantes, qui vont bien au-delà des attentes de la réglementation », pointe l’universitaire. Certains producteurs légumiers refusent ainsi d’utiliser les semences CMS (variétés hybrides), qu’ils considèrent comme des OGM, alors qu’elles sont autorisées en bio. De même, des éleveurs de bovins alimentent presque exclusivement leurs bêtes avec des rations produites sur leur ferme, alors que le label n’exige qu’une proportion de 60%.

En vidéo – Où en est l’agriculture bio en Europe ?

Des labels plus exigeants

Ces démarches vertueuses se soldent logiquement par des coûts de production plus élevés que ceux qui résultent d’une agriculture biologique simplement calée sur la réglementation. Certains, dans les milieux bio militants, s’alarment déjà du scénario catastrophe qui pourrait découler de ce « fétichisme » du label. Le risque est que, dans un marché concurrentiel, tout le bio se fasse au minima de la réglementation, condamnant ceux qui font plus et mieux, car ils ne seraient plus compétitifs. Pour échapper à ce risque, les professionnels du bio ont développé toute une série de nouveaux signes distinctifs supposés agir en complément du label AB. « Car heureusement, en bio, c’est la guerre du prix le plus juste, pas le plus bas », estime Stéphanie Pageot, éleveuse laitière en Loire Atlantique et présidente de la Fnab, la Fédération nationale d’agriculture biologique.

Ce réseau d’agriculteurs bio français s’est ainsi investi dans le développement d’une certification privée baptisée « Bio Cohérence », née en avril 2010 en réaction à une diminution des exigences du cahier des charges du label AB. Ce dernier s’était en effet aligné sur le cahier des charges du label bio européen. « Ce label va plus loin que le règlement européen, qui fixe par exemple une limite de 0,9% de taux de contamination en OGM. Notre label, lui, proscrit toute contamination », explique Stéphanie Pageot. Dans le même esprit, des groupements de producteurs créent leur propre label pour communiquer sur leurs modes de production spécifiques. A l’image de BioBreizh pour l’Association des producteurs de fruits et légumes biologiques de Bretagne. Même démarche pour la certification Biopartenaire, dont l’objectif est de soutenir des filières traditionnelles travaillant en bio. Patricia de la Fouchardière, responsable marketing et commercial du label, se félicite d’avoir pu aider une coopérative agricole de producteurs de plantes médicinales et aromatiques dans le Massif central (Auvergne), qui compte aujourd’hui une cinquantaine de producteurs vivant de ce métier ancestral (cueilleurs de plantes sauvages).

Mais cette prolifération des labels, louable en soi, ne contribue-t-elle pas à créer de la confusion chez les consommateurs ? Apparemment non. Selon le dernier baromètre Agence Bio-CSA de novembre 2017, 73% des Français déclarent consommer un produit bio au moins une fois par mois.

En savoir plus : https://www.capital.fr/lifestyle/label-bio-pourquoi-il-ne-faut-lacheter-les-yeux-fermes-1303820

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