Les glucides : médaille d’or du stockage

L’insuline est l’hormone de stockage de référence. Elle est secrétée par le pancréas dès l’ingestion de nourriture lors de chaque repas ou collation aussi minime soit-elle. Les 3 nutriments (glucides, protides et lipides) provoquent cette sécrétion en permettant le stockage et en inhibant le déstockage.

Il existe une hiérarchie dans l’efficacité du stockage avec les champions représentés par les glucides. Ainsi, la sécrétion d’insuline dépend de nombreux facteurs liés aux types d’aliments ingérés, leur quantité, leur fréquence et de la capacité de l’organisme à s’adapter sur le long terme. Cette modulation rend l’interprétation de dosage difficile et sa réelle efficacité dépend de très nombreux facteurs. Certains sont décrits ci-dessous.

L’indice insulinique :

À une époque d’abondance et de tentations, nous multiplions les pics d’insuline et nous grossissons. Le pancréas fonctionne quasiment en continu,  forçant l’insuline à faire rentrer plus de sucre dans nos cellules, qui résistent en envoyant des signaux de saturation le plus souvent toxiques (les cytokines).

Selon l’aliment avalé, selon son indice et sa charge glycémique, la production d’insuline par le pancréas sera plus ou moins importante. À l’image de l’index glycémique il a été possible de définir pour la plupart des aliments un indice insulinique (tableaux N 4) : plus l’indice est haut, plus le sucre sera facilement assimilé par les cellules cibles notamment adipeuses, plus on grossit.

Précédemment, nous avons vu que la gestion du poids dépendait de nombreuses causes intriquées et multiples dont les quantités et les types de nourritures consommées, les moments et les fréquences des repas et surtout la complexe (in)disponibilité des réserves adipeuses. Ces différents facteurs doivent être modulés en fonction de l’âge, du sexe, des conditions géographiques et culturelles et des dépenses physiques. Cela rend désuet la tendance pourtant tenace de propositions de traitements “miracles” tels que les régimes restrictifs, les médicaments ou même les solutions chirurgicales (chirurgie bariatrique) pour tous.

Tableau N° 4 : Quelques exemples d’aliments à indice d’insuline bas et haut

Sans surprise, nous voyons que les aliments à faible indice insulinique sont les corps gras, les œufs et les glucides complets. À l’inverse, les “aliments” à index insulinique haut sont tous des glucides.

Quand les limites sont atteintes… Le corps entre en résistance

Mais il y a des limites à l’action de l’insuline. Plus les pics sont hauts et nombreux, plus les cellules réceptrices se défendent en diminuant l’action de cette hormone ou plutôt en diminuant la capacité des récepteurs des cellules à faire entrer le sucre. Il s’agit d’un phénomène appelé : résistance à l’insuline.

La résistance à l’insuline :

Afin de forcer les cellules à accepter plus de sucre, le pancréas fabrique plus d’insuline dont l’action s’épuise peu à peu. On parle alors de résistance à l’insuline. Cet état n’est pas bien connu du public qui ne semble pas s’en inquiéter d’autant que les médecins, submergés par la quantité importante des patients, n’ont pas les capacités en temps et en connaissances pour prendre en charge cet état morbide, mais imperceptible par le patient. Pas ou peu de signes fonctionnels, peu d’observance pour des protocoles d’amaigrissement toujours plus difficiles à suivre et à la réputation de bénéfice médiocre. Certains médecins parlent de “pré diabète” et alerte les patients plus efficacement. La résistance à l’insuline est définie comme un défaut du contrôle du métabolisme du glucose dans les tissus, principalement dans le foie, les muscles et le tissu adipeux et est l’une des premières manifestations d’une constellation de maladies humaines qui incluent l’obésité, le diabète de type 2, certains cancers et les maladies cardiovasculaires (1 – 2).

L’insuline est une hormone vitale, mais est hautement “toxique” en cas de sécrétion augmentée et/ou répétée de façon inappropriée ; responsable d’un phénomène inflammatoire discret, mais permanent, elle déstabilise peu à peu notre organisme. On parle aujourd’hui de “métaflammation” dont les effets, dans une cascade toxique sans freins, aggravent le stress oxydatif cellulaire (l’équivalent de la “rouille” pour les tissus vivants) fortement épuisant et destructeur pour l’organisme. Cette inflammation continue “de bas grade” est indifférenciée et son résultat dévastateur est systémique (détruit à bas bruit tout le corps) plutôt que localisé.

https://jeuneetsante.fr/

Un ennemi silencieux et donc redoutable!

Au cours des 30 dernières années, une augmentation significative de la prévalence de la résistance à l’insuline a été observée. L’augmentation des études sur ce thème date des années 90, d’autant que cette résistance est associée à une survenue plus fréquente de diabète, de surpoids, de maladies cardiovasculaires et de troubles endocriniens. Elle doit être systématiquement recherchée en cas de prise de poids (une simple prise de sang par le calcul de l’index HOMA) car elle s’associe à d’autres facteurs de risques responsables de morbidités sévères et d’une mortalité prématurée qui explique la baisse récente de l’espérance de vie dans certains pays.

Ces facteurs associés définissent le syndrome métabolique qui lui-même détermine un facteur de risque pernicieux d’autant plus redoutable qu’il est silencieux. Le diagnostic est surtout clinique, révélé essentiellement par l’augmentation du tour de taille (> 94 cm chez l’homme et 80 cm chez la femme) du poids, de la PA mais aussi biologique (baisse du HDL cholestérol, augmentation des triglycérides, glycémie élevée).


En France, les données épidémiologiques, notamment au travers de l’étude Monica de 2003 (3) estime la prévalence de ce syndrome chez les hommes et les femmes respectivement à 22.5 % et 18.5 %. Cette étude met également en exergue une grande disparité nord/sud : environ 26 % pour les Lillois, contre 15 % pour les Toulousains. Le syndrome métabolique, l’obésité, la résistance à l’insuline et le diabète fournissent une grande partie des maladies non transmissibles (non attribuées à un facteur infectieux ou héréditaire) qui actuellement, du fait de leur chronicité et de l’augmentation de leur incidence, sont responsables d’une augmentation très importante de mortalité prématurée.

Une civilisation qui accumule les erreurs

Les maladies non transmissibles sont devenues épidémiques puis pandémiques essentiellement par suite de changements majeurs du mode de vie ; elles incluent quasi systématiquement la résistance à l’insuline comme facteur de risque et est devenue une des causes principales d’obésité dont l’origine extrinsèque est liée à l’ingestion fréquente de produits sucrés ou protidiques ; ceci n’est plus à démontrer (4).    

On peut regretter les erreurs alimentaires induites pendant plusieurs décennies par le corps médical. Il a conseillé (et continue encore à conseiller) de limiter, à tort, la consommation des corps gras, alors que c’est le seul nutriment à ne pas provoquer de pics d’insuline violents, d’encourager les collations et de manger des féculents régulièrement.

L’accumulation de masse graisseuse intra-abdominale est l’un des effets les plus importants de la résistance à l’insuline. Le simple fait d’être en surpoids (IMC > 25 kg/m2) multiplie par 3 le risque de développer un diabète de type 2 (6).

Est-ce réversible ?

Nous avons à Jeûne & Santé la prétention d’aider les personnes en surpoids ou obèses. Nous leur proposons un programme ambitieux pour les aider à maigrir et à continuer à perdre du poids après un séjour d’initiation au jeûne et en leur proposant de changer de mode de vie (4).

Ce programme n’est pas une nouvelle cure, une parenthèse de santé de quelques jours dans un monde toxique, mais une proposition d’aide aux changements de comportements et un accompagnement personnalisé dans une structure protégée, ludique mais éducative. Nous avons conscience de l’ambition de nos objectifs pourtant scientifiquement démontrés tant sur le fond que sur la forme. Les données scientifiques nous invitent à poursuivre et à faire profiter de nos outils le plus de malades possibles soufrant de surpoids ou d’obésité, associées ou non à d’autres pathologies chroniques.

Il est important de développer le fait que notre organisme est génétiquement programmé pour gérer essentiellement la pénurie alimentaire (et plutôt déficient et défaillant devant l’opulence nutritionnelle que nous connaissons depuis plusieurs décennies).

Résumons deux des principales raisons de l’obésité :

  1. Dans les cellules, notamment adipeuses, l’assimilation de l’énergie nutritive est efficacement assistée par l’INSULINE, même en cas de surabondance. Plus il y a d’insuline, plus l’organisme grossit, plus les réserves sous forme de graisse sont volumineuses, plus le tissu gras envoie des messages toxiques dans tout l’organisme !
  2. Inversement, cette réserve opportune de graisse est, par le truchement d’une régulation en 2 étapes (“réfrigérateur/congélateur”), difficilement mobilisable et exploitable en l’absence de réelle pénurie, volontaire ou non.

Depuis plusieurs décennies, le monde de la santé s’est heurtée à cette double défense de nos intérêts énergétiques. Il est donc évident qu’il est impensable pour nous de proposer une prise en charge équivalente à ces pratiques. Notre expérience et l’aboutissement d’études scientifiques aux résultats significatifs, imposent un programme fortement différent pour espérer affronter et détourner l’efficacité de la physiologie humaine, à notre profit. Les techniques existent ; elles ne doivent aucunement limiter l’objectif à la seule perte de poids, objectif insuffisant pour espérer transformer un organisme en souffrance.

Vouloir développer un programme cohérent pour lutter contre l’obésité a pour obligation une information complète. L’ignorance médicale des individus notamment en matière de nutrition, est un des éléments “clef” qui perpétuent par le biais de croyances, les erreurs alimentaires et les politiques sanitaires obsolètes et dramatiques pour la santé individuelle et publique. Il est parfaitement à la portée de tous de comprendre pourquoi on grossit, pourquoi il est difficile de maigrir et pourquoi les “régimes” ne fonctionnent pas. Encore faut-il générer une information claire, cohérente et pertinente afin de mieux faire comprendre les stratégies thérapeutiques.

Nous allons donc, dans le prochain dossier, avant description de stratégies thérapeutiques, révéler et décrire d’autres surprenantes circonstances obésogènes.

Docteur Philippe Guérin

Le Docteur Philippe Guérin encadre les séjours dans notre institut Jeûne & Santé dans le respect des règles sanitaires

 – Une approche globale médicalisée et personnalisée.
– Une perte de poids durable
– Une préparation à des changements de comportements et d’habitudes au long cours, sans traumatisme.

Découvrez Jeûne & Santé : https://jeuneetsante.fr/

    Recevez par mail chaque semaine les dernières nouveautés.

    En cadeau de bienvenue, nous vous offrons notre guide "Bien jeûner chez soi"

    Références

    (1) Metabolic syndrome and insulin resistance in obese adolescents. Amanda Oliva Gobato and Col. Rev Paul Pediatr. 2014 Mar; 32(1): 55–62.

    (2) Visceral Adiposity and Cancer: Role in Pathogenesis and Prognosis. Crudele L, Piccinin E, Moschetta A.Nutrients. 2021 Jun 19;13(6):2101.

    (3) Body weight patterns from 20 to 49 years of age Gamila S, Dallongeville J.Épidémiologie du syndrome métabolique en France. Med Nutr 2003 ; 39 : 89-94.

    (4) Body weight patterns from 20 to 49 years of age and subsequent risk for diabetes mellitus: the Johns Hopkins Precursors Study: the Johns Hopkins Precursors Study. Brancati FL and Col. Arch Intern Med. 1999 May 10; 159(9):957-63.

    (5) Insulin resistance in obesity: an overview of fundamental alterations. Barazzoni R, Gortan Cappellari G, Ragni M, Nisoli E.Eat Weight Disord. 2018 Apr;23(2):149-157

    (6) Beyond obesity and lifestyle: a review of 21st century chronic disease determinants. Egger G, Dixon J.Biomed Res Int. 2014;2014:731685.