L’insuline: une réponse organique spécifique

Dans le dossier précédent, nous avons expliqué la première raison qui rend difficile le processus d’amaigrissement (une raison intrinsèque liée à notre évidente capacité à conserver efficacement nos réserves). Nous allons étudier ici la 2ème.

La raison extrinsèque :  liée à la consommation abusive et trop fréquentes d’aliments contenant des glucides et des protides qui favorisent, exagérément, une réponse organique spécifique : la sécrétion fréquente d’insuline dans le sang !

Précédemment, nous avons vu que la gestion du poids dépendait de nombreuses causes intriquées et multiples dont les quantités et les types de nourritures consommées, les moments et les fréquences des repas et surtout la complexe (in)disponibilité des réserves adipeuses. Ces différents facteurs doivent être modulés en fonction de l’âge, du sexe, des conditions géographiques et culturelles et des dépenses physiques. Cela rend désuet la tendance pourtant tenace de propositions de traitements “miracles” tels que les régimes restrictifs, les médicaments ou même les solutions chirurgicales (chirurgie bariatrique) pour tous.

Et si on sortait réellement du constat simpliste : Manger moins, bouger plus !

Les consensus diététiques actuels continuent à naviguer autour du dogme de la restriction, c’est-à-dire la diminution quotidienne des calories ingérées. Il existe de multiples variantes (vous l’avez probablement remarqué ; autant de spécialistes de la nutrition, autant de méthodes) d’une théorie médicale (et diététique) qui n’a jamais montré scientifiquement d’efficacité à moyen ou à long terme. Ces pratiques doivent être suggérées comme contestables. Il faut donc se référer à d’autres données, d’autres propositions médicales et d’autres résultats scientifiques ; tenter de trouver des solutions, les expliquer et les rendre adaptables pour chacun de nos malades, en temps de pandémie mondiale, est un devoir.

https://jeuneetsante.fr/

Les partisans de la théorie énergétique (balance), aujourd’hui actifs, soutiennent que la moitié de la population mondiale a grossi, ces dernières décennies, par augmentation des apports nutritifs et diminution des activités physiques. Nous acceptons cette théorie mais celle-ci ne sous-tend pas que la proposition inverse, diminuer les apports alimentaires et augmenter les activités physiques, soit suffisante pour inverser la courbe grimpante de l’obésité à l’échelle d’une population d’un pays. 

Cette croyance de l’effet des diètes restrictives associées ou non à la reprise d’activités physiques, ne tient plus la route ni sur le plan historique (plusieurs décennies de recul), ni sur le plan scientifique (pas ou peu d’études montrant une efficacité significative à long terme).

Nous avons vu que notre aptitude à “faire des réserves plus qu’à défaire”, détruisait cette théorie. Et cela pour le malheur de la majorité de la population en surpoids, “engluée” dans une aventure infernale sans retour !

Pourtant, ce qui parait aujourd’hui une calamité a été pour l’espèce humaine un bienfait ; nous sommes en effet des champions pour survivre quel que soit le nombre de jours de disettes grâce à ces facultés. Il fallait bien que ce gras qu’on fabrique si facilement aujourd’hui ait une fonction !

Le sucre : ennemi n°1 de l’humanité !

L’explication extrinsèque :

C’est un autre phénomène physiologique qui a protégé l’espèce humaine. Le principe essentiel est de “convertir” de l’énergie alimentaire en produits de réserve. Sans cette faculté, pas de possibilité de vie. Quand cette faculté est exacerbée pourtant, on grossit (trop) !

Explications :

Il existe une réaction hormonale commune à tous les mammifères (sauf pour les humains souffrants de diabète dit de type 1) indispensable à l’assimilation du sucre, entre autres, au niveau des cellules de l’organisme : la réponse insulinique après ingestion de nutriments !

La réponse insulinique :

La prise d’aliment (ou de boissons énergétiques) provoque au sein de notre organisme, de notre bouche jusqu’à nos cellules les plus périphériques, une chaine d’événements et la libération d’acteurs dédiés à l’assimilation des nutriments (glucides, protides et lipides); dans le tube digestif bien sûr (sécrétion salivaire, sucs biliaires, contractions de l’estomac et de l’intestin…) mais aussi dans le sang par la sécrétion d’hormones.

L’hormone essentielle, celle qui nous intéresse aujourd’hui est produite par le pancréas à chaque ingestion d’aliment ; il s’agit de l’insuline ! Les aliments chargés en glucides et en protides provoquent une importante sécrétion de cette hormone ; les lipides beaucoup moins. Cette sécrétion dépend aussi de l’index glycémique (chaque aliment a son index propre : plus il est important et plus il fera monter le taux de sucre dans le sang) et de la charge glycémique en rapport avec la quantité de sucre ingérée 

Figure N° 1 : Plus l’index glycémique est important, plus le taux de sucre dans le sang est important.

À chaque ingestion d’aliment sucré correspond une montée du taux de sucre dans le sang (pic de glycémie) immédiatement suivie d’une sécrétion d’insuline (pic d’insuline) au débit proportionnel à la valeur du pic de glycémie, de l’index et de la charge glycémique globale du bol alimentaire. Le rôle essentiel de cette augmentation du taux d’insuline consiste à stabiliser le taux de sucre dans le sang à une valeur inférieure à 1g/L en forçant celui-ci à entrer dans les cellules du foie, des muscles, des reins et autres tissus spécifiques de l’organisme dont les tissus adipeux. L’insuline participe donc activement à la mise en réserve (énergie stockée) de nos aliments sous forme de graisse au niveau de ces tissus.

Du fait de son action l’insuline remplit aussi bien notre “réfrigérateur” (en premier) que notre “congélateur” (voir dossier 4 sur Une gestion efficace de nos réserves d’énergie ).

Les pics d’insuline :

Plus la sécrétion d’insuline est importante (en rapport avec l’index glycémique et la charge glycémique), plus le pic de sécrétion de cette hormone est fort. On parle de pics d’insuline. (Figure N° 2).  La plupart des glucides et des protides provoquent un pic d’insuline important Cela est moins évident pour les lipides dont la réponse insulinique est faible.

Figure N° 2 : l’augmentation du taux de glucose ingéré provoque une augmentation du taux de sécrétion d’insuline (avec comme conséquence une augmentation des capacités à faire des réserves)

Ainsi chaque repas est suivi d’un pic d’insuline. La multiplication des repas ou des collations augmente corrélativement le nombre de pics d’insuline et donc d’occasions d’augmenter nos réserves.

Inversement, sans sécrétion d’insuline (sans pics d’insuline) l’organisme puise dans ses réserves (glycogène du foie ou graisse si diète plus longues) pour libérer de l’énergie et maintenir dans le sang une glycémie autour de 1g/l. Si on compare une personne qui fait soit 3 repas par jour, soit 2, soit 1 seul, nous constatons que le temps de disponibilité et d’exploitation de nos réserves (partie verte) augmente lors d’un seul repas et est très limité pour 3 repas (Figure N° 3).

Figure N° 3 : le nombre de pics d’insuline influence le temps de disponibilité des réserves. Plus les pics sont nombreux moins ce temps est important et moins il est facile de maigrir.

Grignotage catastrophique et collations conseillées : que faut-il en penser ?

Pour le savoir, rendez-vous dans le prochain dossier avec d’autres surprenantes informations !

Docteur Philippe Guérin

Le Docteur Philippe Guérin encadre les séjours dans notre institut Jeûne & Santé dans le respect des règles sanitaires

 – Une approche globale médicalisée et personnalisée.
– Une perte de poids durable
– Une préparation à des changements de comportements et d’habitudes au long court, sans traumatisme.

Découvrez Jeûne & Santé : https://jeuneetsante.fr/

    Recevez par mail chaque semaine les dernières nouveautés.

    En cadeau de bienvenue, nous vous offrons notre guide "Bien jeûner chez soi"

    Références

    (1) Beyond obesity and lifestyle: a review of 21st century chronic disease determinants. Egger G, Dixon J.Biomed Res Int. 2014;2014:731685.

    (2) La fabrique de l’obésité. Yves LEERS. E. BUCHET-CHASTEL. 2020

    (3) Diabetes, obesity, metabolism, and SARS-CoV-2 infection : the end of the beginning. Daniel J. Drucker Cell Metab. 2021 Mar 2; 33(3): 479–498.

    (4) Dr Jason FUNG. Le code obésité. Ed. TRECARE 2015

    (5) Resting energy expenditure in short-term starvation is increased as a result of an increase in serum norepinephrine. C Zauner and Col.  Am J Clin Nutr. 2000 Jun ;71(6) :1511-5.

    (6) Le temps de l’alimentation en France. Thibaut de Saint Pol, laboratoire de sociologie quantitative, Crest Insee Première N°1417 (12/10/2020) https://www.insee.fr/fr/statistiques/1281016

    (7) https://assurance-maladie.ameli.fr/sites/default/files/2020-07_rapport-propositions-pour-2021_assurance-maladie_1.pdf

    (8) Les maladies chroniques. Vers la 3e médecine, Editions Odile Jacob, 2017

    (9) Epidemiology and Population Health Impact of overweight, obesity and severe obesity on life expectancy of Australian adults Thomas Lung and Col. International Journal of Obesity oct.2018.

    (10) Voyage en biochimie Voyage en biochimie – Circuits en biochimie humaine, nutritionnelle et métabolique; Bernadette Hecketsweiler, Philippe Hecketsweiler.3e édition (Elsevier)