L’obésité est en fait directement associée à une réponse modifiée au stress. Et inversement…

Cela pose question. On comprend que la prise de poids inquiète et qu’au fur et à mesure de la progression des kilogrammes, les personnes qui en prennent conscience et qui ne trouvent pas de solutions atteignent des niveaux importants d’anxiété. Mais quels sont les rapports entre des situations stressantes et l’obésité ? Le stress amplifie t’il ce phénomène ou le provoque-t-il ?

Avant de répondre, il faut avant tout définir ce que sont les différentes situations stressantes.

Qu’est-ce que le stress exactement ?

Le stress est une entité précise décrite par Hans Selye en 1940 comme une “réponse non spécifique de l’organisme aux exigences de l’environnement”. Cela représente “l’ensemble des réponses physiologiques à des agressions qui permettent de mobiliser les défenses de l’organisme pour maintenir ou rétablir un équilibre menacé par des contraintes internes ou externes”.

Le stress est donc une réponse naturelle de notre organisme à des situations de déséquilibre, ou plutôt d’adaptation. De la situation de repos à l’effort le plus intense, ces mécanismes ont des réponses proportionnées. Les nombreux actes banals de la vie ne sont possibles que grâce à ces phénomènes adaptatifs (voir exemple dans encadré).

Si je suis confortablement assis et que je décide de me lever, acte banal de la vie quotidienne, je ne peux le faire que grâce à des phénomènes adaptatifs spontanés et quasi automatiques. Mon système nerveux autonome, en produisant la dose idéale d’adrénaline, adapte et coordonne mon organisme à cet effort en augmentant le débit et le rythme de mon cœur, en diminuant la circulation sanguine à un niveau périphérique pour privilégier la circulation au niveau des muscles concernés, ici les jambes, et en ajustant mon débit respiratoire.  Aucun de nous ne se rend compte de ces milliers d’événements compensateurs produits chaque jour par notre organisme. Ces événements sont appelés “réactions de stress” et le système nerveux autonome en est le chef d’orchestre. Il est naturellement discret sauf quand on le sollicite trop souvent ou trop brutalement…

Dans notre monde contemporain les situations demandant des adaptations physiques et psychologiques sont multiples. L’humain moderne est en permanence sollicité (1). Les événements physiques provoquent normalement des réponses adaptées, rapides et efficaces. Ces réponses le sont moins pour les événements psychologiques répétés, ou très intenses. L’accumulation dans le temps de situations évaluées comme stressantes sans consommation adaptée de l’adrénaline (par un comportement de fuite ou de combat) empoisonne et épuise peu à peu notre organisme avec inflammation et agressions cellulaires (du fait de phénomènes appelés stress oxydatif… Tiens tiens ?). 

La peur : une autre forme de stress ?

La peur est une émotion ; elle est donc perçue en présence d’un danger ou d’une menace réelle ou interprétée. Elle est le ressenti conscient immédiat après un stress évalué comme potentiellement dangereux. La peur est une conséquence de l’évidence du danger.

Dans notre monde contemporain, la peur est omniprésente et amplifiée du fait de la multitude de situations possiblement stressantes, vécues ou interprétées comme dramatiques. Des études déjà anciennes en neuroimagerie ont établi que le cerveau ne faisait pas la différence entre les ressentis nés d’une peur interprétée et imaginée et ceux produits par une situation vraiment vécue. Le danger évoqué, vécu par d’autres mais amplifié par les images quotidiennes visibles en boucle, change le caractère des plus fragiles dans un monde pourtant de plus en plus protégé.  Notre cerveau s’affole facilement devant le reportage d’un cataclysme naturel situé de l’autre côté de la planète en évoquant un monde impitoyable et instable, effaçant de notre conscience le fait que le sol de l’Europe a été protégé de la guerre depuis plus de 75 ans, que l’espérance de vie augmente chaque année, que l’extrême pauvreté recule et que le nombre des démocraties augmentent dans le monde (2).

La peur quotidienne au fur et à mesure des années crée un risque d’épuisement de l’organisme avec dégâts neuronaux et cognitifs liés à un état inflammatoire chronique.

Ces quelques lignes précédentes ne veulent pas dire que tout va bien …

Exemple :

Une peur “dépassée”, endémique, particulièrement grave du fait des conséquences sévères qu’elle provoque, un stress particulier du fait de son adaptation inefficace difficilement identifiable par celui qui en souffre mérite d’être décrit. Il s’agit du stress post-traumatique.

Stress post-traumatique déclencheur d’une prise de poids ?

Il s’agit d’un état consécutif à un événement psychologiquement hors du commun. Le sujet a été témoin ou a été confronté à un événement ou à des événements durant lesquels son intégrité physique ou psychique a pu être menacée.  Sa réaction à l’événement s’est traduite par une peur très intense et des comportements inappropriés dans la vie courante qu’elle gène avec cauchemars répétés et reviviscence de la période stressante. Il s’agit d’un véritable handicap psychique.

Le trouble de stress post-traumatique est donc un état psychologique déclenché par un événement traumatisant.  Sa prévalence serait d’environ 8% dans la population adulte américaine (3) mais d’environ 30% chez les anciens combattants de la guerre d’Irak ou d’Afghanistan (2).  Les différentes crises vécues ces dernières années (COVID-19, attentats…), amplifiées par leurs médiatisations les aggravant dans une ambiance jamais atteinte de peur sociale et climatique, exacerbent les possibilités de réponses psychiques inadaptées. La prise alimentaire inappropriée est souvent une réponse. Les histoires personnelles de viols ou de maltraitances se dévoilent sous l’influence de mouvements tels que “MeToo” ou le récent rapport (Sauvé) de la “Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église”. Ces cas dévoilés représentent un “réservoir” encore silencieux et probablement sous-évalué d’adaptations psychiques partielles et inhibées avec parmi elles de nombreux stress post-traumatiques non diagnostiqués et non traités mais compliqués, notamment de troubles métaboliques. Des études font état de taux plus élevés d’obésité, de dyslipidémie, d’hypertension, de diabète et de maladies cardiovasculaires parmi ces malades (4).  Manger comme moyen de faire face à ces épreuves peut être un facteur explicatif étayé par des études neurologiques confirmant que l’ingestion d’aliments riches en graisses et en sucre atténue les sentiments de détresse en déclenchant des réponses de récompense dopaminergiques (5).

Le stress post-traumatique est fréquemment aggravé par la dépression et il est plausible que la combinaison des deux maladies soit associée à des risques supplémentaires liés au poids (6).

La dépression : un état à ne pas négliger !

Il s’agit d’une maladie omniprésente dans nos sociétés puisqu’elle touche environ 5 à 20% de la population française (1 personne sur 5 est ou sera atteinte de dépression durant sa vie !). Elle associe tristesse, fatigue, troubles du sommeil et de l’attention et autres idées suicidaires. Il existe une association positive significative entre la dépression et l’obésité dans la population générale, qui semble être plus marquée chez les femmes (7).

Explication schématique de l’aggravation métabolique liée au stress 

Le stress modifie nos comportements alimentaires…

Toutes ces situations stressantes sont assez graves et fréquentes pour qu’on s’y intéresse sur le plan médical. Il faut donc les prendre en charge en tant que maladie avec accompagnement psychologique et au besoin aide médicamenteuse. En même temps, les fréquentes répercutions métaboliques doivent elles aussi bénéficier d’un accompagnement spécifique. Leurs relations avec l’obésités sont multiples. Elles ne sont pas seulement liées à des comportements adaptatifs dépendant des circuits de la récompense. Elles sont indépendamment responsables de fréquentes sécrétions de neurotransmetteurs, de cytokines et d’hormones d’adaptation. La possibilité de dépense énergétique liée à l’agression (la réaction de stress) va provoquer chez la personne stressée une recherche inconsciente de nourriture. Ce qui est intéressant pour une réponse à un stress physique ne l’est pas pour les situations stressantes psychologiques. La recherche de nourriture existe mais peu d’énergie est dépensée…

Les aliments choisis sont généralement caloriques et réconfortants et privilégient le sucre et la graisse.

Il s’agit en fait d’un comportement rapidement inapproprié, responsable de carences importantes en nutriments essentiels et en protides tout en facilitant la prise de poids.

Notre organisme est perdu. Il répond à des agressions qui n’existent pas mais il compense tant qu’il peut les pertes énergétiques éventuelles (mais non réelles) afin de se préparer à une nouvelle agression, similaire (mais hypothétique) ; ces agressions entrainent les personnes stressées dans une spirale inconsciente mais infernale qui associe souffrance psychique et inadaptation métabolique (voir schéma ci-dessus).

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Agir sur les situations de stress pour mieux lutter contre l’obésité 

Les situations stressantes, en déclenchant des réponses spécifiques et multiples, entretiennent du fait de leurs répétitions (ou de leurs reviviscences) des états inflammatoires chroniques et des comportements dont les conséquences vont dans le sens de la prise de poids, notamment au niveau viscéral (voir schéma ci-dessous).

Chez la plupart des malades, stress et obésité évoluent en synergie (dans le sens de l’aggravation). Les retentissements et complications multiples conduisent souvent à un pronostic sombre avec risque d’échec de perte de poids durable. Plus qu’aucune autre cause de prise de poids, l’enquête psychologique est donc un prérequis obligé avant toute prise en charge (8).

En résumé de nombreuses voies relient le stress et l’obésité

Le stress:

  • Interfère avec les fonctions exécutives et d’autorégulation conduisant à des comportements alimentaires inappropriés
  • induit une consommation d’aliments riches en matières grasses ou en sucre
  • diminue l’envie d’activité physique régulière
  • raccourcit le temps de sommeil (et augmente le temps potentiel d’alimentation)
  • déclenche des changements au niveau de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien
  • stimule la production d’hormones biochimiques et de peptides tels que la leptine, la ghréline et le neuropeptide Y, entre autres.
  • Provoque des comportements de compensation sous le contrôle des sécrétions de dopamine impliquée dans les circuits de la récompense. Il est à l’origine de recherche de plaisirs faciles souvent alimentaires (mais aussi tabac, drogues, jeux, sexe…) éphémères donc répétés, inapaisables donc augmentés, solitaires et facilement accessibles, en tout cas pour les aliments.

L’évidence d’un stress, quel qu’il soit, oriente les objectifs de perte de poids vers un accompagnement et un soutien psychologique soutenu et des choix de changements alimentaires appropriés. Il est certain qu’en l’absence de cette enquête et sans projet d’accompagnement adapté, la perte de poids désirée par une personne anxieuse aboutira difficilement.

Le retentissement psychologique de la personne obèse emmêlée dans sa culpabilité, ses doutes esthétiques et son handicap physique, fait figure d’angle mort dans un monde médical souvent inadapté et impuissant. Faute de prise en charge ajustée, cela s’aggrave inexorablement. Comme pour toute maladie chronique, il faut intervenir précocement !

Docteur Philippe Guérin

Le Docteur Philippe Guérin encadre les séjours dans notre institut Jeûne & Santé dans le respect des règles sanitaires

 – Une approche globale médicalisée et personnalisée.
– Une perte de poids durable
– Une préparation à des changements de comportements et d’habitudes au long cours, sans traumatisme.

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    Références

    1. Apocalypse cognitive. Gérald Bronner Ed. PUF 2021

    2. La part d’ange en nous. Steven Pinker Ed. Les arènes 2017

    3. Lifetime and 12-month prevalence of psychiatric disorders in 8,169 male Vietnam War era veterans Eisen SA,  Griffith KH,  Xian H, et al., Mil Med, 2004, vol. 169 11(pg. 896-902)

    4. The association of posttraumatic stress disorder and metabolic syndrome: a study of increased health risk in veterans.  Heppner PS,  Crawford EF,  Haji UA, et al., BMC Med, 2009, vol. 7 pg.

    5. Post-traumatic stress disorder, physical activity, and eating behaviors. Hall KS, Hoerster KD, Yancy WS Jr. Epidemiol Rev. 2015;37:103-15

    6. Posttraumatic stress disorder symptoms and problematic overeating behaviors in young men and women. Susan M. Mason, Ann Behav Med. 2017 Dec; 51(6): 822–832.

    7. Depression and obesity: a meta-analysis of community-based studies. de Wit L, Luppino F, van Straten A, Penninx B, Zitman F, Cuijpers P.

    8. The Bidirectional Relationship between Body Weight and Depression across Gender: A Simultaneous Equation Approach. Zhang J.Int J Environ Res Public Health. 2021 Jul 19;18(14):7673.