Le voyage de la terre à l’assiette… c’était avant!

Comme si cela ne suffisait pas, notre environnement industriel a conçu et conçois encore mille façons de traiter, de conserver, d’emballer et de distribuer notre nourriture ; Il est loin le temps du potager derrière la maison du grand-père ; l’étendue infinie de nos villes, sans terre cultivable, l’a remplacé. Les aliments viennent donc de loin, de très loin… grâce à leurs conditionnements et autres emballages. Il n’a jamais été aussi pratique de se nourrir, mais à quel prix ?

Cette facilité offerte à la population a de nombreux revers. Il est ardu de maitriser des matières organiques afin qu’elles arrivent “saines” dans notre assiette. Techniquement les conservateurs, les retardateurs, les exhausteurs de gouts et autres additifs ont pallié les inconvénients de produits farouchement promis à des dégradations naturelles, incompatibles avec l’objectif de subvenir aux besoins de millions de personnes amassées dans des villes bétonnées. Médicalement, ces produits ont produit et produisent encore des effets indésirables dramatiques pour notre santé notamment sur le plan métabolique. Quand il s’agit d’aliments d’origine organique !

En effet la composition des repas des américains est actuellement constituée à 57% des produits alimentaires dits “ultra transformés” (NOVA 4) c’est-à-dire fabriqués à partir des produits de la chimie. L’Europe n’est pas loin derrière…

Les hasards qui font avancer la recherche!

La sérendipité consiste à découvrir quelque chose d’inattendu et à agir en conséquence pour en tirer profit. La découverte de la pénicilline en est un exemple. En 1997, la sérendipité a joué un rôle majeur dans la découverte du principe obésogène de produits toxiques, lorsque Paula Baillie-Hamilton, médecin et chercheuse dans le domaine du métabolisme, avait rapporté :“après la naissance de mon deuxième fils, j’ai pris beaucoup de poids. Et il m’est arrivé de lire un article dans un journal national sur la façon dont les toxines chimiques aux niveaux d’exposition environnementale actuels nuisent à la santé des animaux en se mêlant à leurs hormones. Ma formation universitaire et mon expérience de médecin m’avaient donné la possibilité de voir le lien entre ces toxines et avec notre problème de poids croissant”.

En 2002, elle a publié le premier article axé sur l’hypothèse que des toxines chimiques pouvaient expliquer l’épidémie mondiale d’obésité (1).  Ces produits chimiques synthétiques (appelés par Dr Baillie-Hamilton des « calories chimiques ») ont été baptisés plus justement par la suite de perturbateurs endocriniens. 

Ils sont partout, un véritable cocktail !

Ce sont des produits ou des mélanges de produits chimiques, d’origine exogène, qui interfèrent avec la ou les actions des hormones (en les amplifiant ou en les diminuant). Les produits chimiques notés comme ayant la capacité de provoquer un gain de poids (ces produits sont dits “obésogènes”) comprennent les pesticides organochlorés, les carbamates, les bisphénols poly chlorés, les plastiques tels que les phtalates, les métaux lourds et les solvants. Ces produits chimiques sont partout et leur nombre ne cesse de s’accroitre (plus de 3000). Ils sont dans l’alimentation, sont volatils (3) et peuvent même être absorbés par voie cutanée (4- 5). Certains perturbateurs endocriniens ont des demi-vies courtes, en minutes ou en heures, tandis que d’autres sont très persistants avec des demi-vies en années (POP ou Produits Organiques Persistants). Ils s’accumulent dans la terre, contamine les végétaux, les animaux qui les broutent et les humains qui les avalent. On les trouve dans les plastiques, les colles et les solvants pour ne citer que les principaux produits. L’alimentation est un réservoir de ces produits du fait d’emballages de plus en plus sophistiqués. Malgré des contrôles stricts de conformités, le très grand nombre d’éléments à étudier et la découverte de nouvelles molécules chaque année, ne permet pas des études suffisamment précises pour assurer une sécurité optimale. La production (et l’absorption) de plusieurs produits est la règle avec un effet “cocktail” dont nous évaluons encore trop peu la dangerosité d’autant que les perturbations peuvent exister pour des doses minimes. 

Peu à peu ces machines ont été mises au service de la communauté en libérant totalement la ménagère qui, à l’instar de son mari, a pu accéder à une vie professionnelle. On a délégué la préparation des repas à l’industrie, et l’industrie, tout en rendant le service d’organiser et fournir une alimentation suffisante pour toute la population, a diminué la qualité alimentaire pour des raisons essentiellement économiques et détourné les conseils de “nutrition santé” à son profit. Ce phénomène s’est répandu au monde entier.

Responsables mais pas coupables…

La multitude d’intervenants pour fabriquer un simple emballage qui aura un contact plus ou moins long avec de la nourriture a donné naissance à un terme qui n’a qu’un seul intérêt : “déresponsaliser”. Le terme NIAS (Non Intentionally Added Substance) définit les substances qui n’ont pas été ajoutées intentionnellement dans un matériau mais qui s’y trouvent en tant qu’impuretés ou en tant que produit de dégradation de substances utilisées volontairement. Il s’agit de poisons dont les effets à long terme ne sont pas encore tous connus mais déjà redoutables en matière d’obésité, de cancers et de malformations. Ils passent à travers les contrôles la plupart du temps.

Nous sommes confrontés à une épidémie de maladies métaboliques responsable de la moitié de la mortalité dans le monde. Après la révélation de Paula Baillie-Hamilton il convient de noter que de nombreuses études récentes ont pu confirmer un lien fort entre la production et l’exposition à certains perturbateurs endocriniens et la prise de poids récentes chez les animaux (domestiques) et chez l’humain (voir figure ci-dessous). 

Comparaison de l’évolution du poids et de la production des produits chimiques des dernières décennies.

Les pesticides dont le DDT, les PCB et dioxines, les phtalates et le Bisphénol A sont impliqués en jouant un rôle direct, en amplifiant et en maintenant l’obésité. Certains agiraient au niveau du microbiote, d’autres sur les différents systèmes de contrôle de la faim, sur l’action de l’insuline ou sur les effets des hormones sexuelles ; et de bien d’autres façon…

On sait avec quelles difficultés les tentatives de relégation de ces produits ont été quasiment vaines face à des intérêts financiers que la santé des consommateurs n’influence pas …

Le développement oui, mais pas à n’importe quel prix!

L’Homo sapiens préfère vivre dans un « environnement thermo-neutre » pour conserver le plus confortablement son corps autour d

D’autres études ont par ailleurs confirmé, ce qui est très inquiétant, que les expositions à ces produits chimiques au cours du développement (pendant la grossesse et pendant l’enfance) pouvaient entraîner chez les descendants une prise de poids mais aussi de nombreuses et diverses autres maladies (6) comme l’infertilité, l’asthme, le cancer du sein et de la prostate, la puberté précoce, la susceptibilité aux infections, les maladies cardiaques, les maladies auto-immunes et le trouble d’hyperactivité/apprentissage avec déficit de l’attention. Il s’agit de nos enfants. Le temps n’ait plus de savoir si ces produits sont vraiment toxiques. Cela a été démontré depuis des décennies !

Depuis 1945 le développement industriel a profondément et durablement modifié nos conditions sanitaires et alimentaires (5-7-8). L’explication de l’obésité prend un sens environnemental inquiétant et non résolue. L’homme ne s’est pas génétiquement adapté, au contraire ; Il s’agit là de conditions défavorables à sa survie. Le problème c’est que cela ne se voit pas car l’espérance de vie de ces dernières décennies n’a pas cessé de croitre (si un peu ces dernières années et on a tendance à croire que c’est du fait des maladies de civilisations dont l’obésité…). On a longtemps pris en compte l’amélioration de l’espérance de vie par un “modus vivendi” notamment alimentaire, plus sain et plus adapté à l’humain, alors que ce progrès a été essentiellement expliqué par les mesures d’hygiène collective, par l’efficacité des traitements contre les maladies infectieuses dont les antibiotiques et par la diminution importante de la mortalité maternelle et infantile.

Ainsi nous vivons dans l’illusion d’une société idéale permettant à tous (en occident) d’accéder à une nourriture saine, hautement contrôlée, conforme à des cahiers des charges sur le plan sanitaire. Ce n’est que très partiellement vrai et tout à fait relatif. La mode du “bio” (c’est-à-dire la disponibilité de produits alimentaires non pollués, ce que nos ancêtres utilisaient quotidiennement) montre bien la vigilance (la méfiance) d’individus de plus en plus nombreux vis-à-vis d’une nourriture industrielle chaque jour remise en question. Pour les autres ils continuent à consommer de produits “préparés”, bon marché et gavés de POP (Produits Organiques Persistants) lipophiles, dont la finalité est d’être absorbé durablement par la graisse. Ces produits sont à la fois obésogènes, toxiques et transmissibles…

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Le revers de certains médicaments…

L’évolution industrielle des dernières décennies est actuellement responsable d’un empoisonnement progressif (mais rapide) de la totalité de la planète, préjudiciable à l’avenir de tout ce qui est vivant sur terre. La révélation des conséquences toxiques, notamment sur les effets métaboliques des nombreux produits chimiques sur la santé est de plus récente (1) mais bien réelle, avec des réponses sanitaires trop discrètes ou inadaptées.

Cet empoisonnement environnemental et dévastateur est inopportunément associé aux effets secondaires de certains médicaments, eux aussi obésogènes (9). La responsabilité collective est moins diluée car représentée essentiellement par les médecins prescripteurs et les laboratoires qui fournissent ces médicaments. Il n’y a pas lieu ici de remettre en cause les effets de médicaments qui ont transformé le pronostic de certaines maladies notamment psychiatriques, mais de faire le point des différentes classes de médicaments aux actions obésogènes. Ils sont représentés par de très nombreux médicaments pour de plus en plus de malades, psychiatriques ou diabétiques. L’heureuse diminution des souffrances mentales a pour corolaire une explosion du nombre de prescriptions de ces psychotropes. Cela devrait alerter sur l’état de “mal-être” d’une population mondiale toujours croissante d’autant que les effets secondaires des médicaments utilisés sont fréquents. L’obésité est l’un de ces effets ; hautement représentée.

Médicament et prise de poids: une spirale infernale?

Aujourd’hui, plus de 400 millions de personnes dans le monde souffrent de maladies mentales, 38.2% des européens de 18 à 65 ans et 20% des enfants et adolescents. Plus d’1 personne sur 4 en souffrent ou en souffriront au cours de leur vie (10). On parle ici de la première cause de handicap dans le monde. Les troubles anxieux (11) sont majoritaires (voir tableau ci-dessous). Un constat accablant qui invite à prendre toute la mesure de l’enjeu social et sanitaire.

En réponse à cette autre pandémie l’enjeu est la prise en charge. Des traitements médicamenteux efficaces ont heureusement diminué l’enfermement et l’exclusion. Mais tout progrès à un revers.

La plupart des médicaments psychotropes augmentent en effet le risque de prise de poids par des mécanismes maintenant bien connus (12). L’augmentation de l’appétit, la diminution des dépenses énergétiques, les ralentissements “psychomoteurs” sont autant d’effets qui expliquent ces prises de poids ; il est important d’évaluer ce risque en fonction du sexe, de la durée du traitement et du poids initial (voir tableau ci-dessous).

Les médicaments courants incriminés dans la prise de poids sont connus depuis longtemps mais malheureusement toujours prescrits. A la lecture de la liste ci-dessous, certains reconnaitrons probablement sur leurs ordonnances des noms connus et potentiellement inquiétants dans le contexte de cet article. Toutefois le danger serait d’arrêter brutalement ce ou ces médicaments. Pour ce faire, il est indispensable d’avoir recours aux conseils d’un médecin, idéalement le vôtre, pour éviter les effets néfastes d’un arrêt brutal sans solution de remplacement.

Médicaments psychiatriques pouvant induire une prise de poids 

  • Antidépresseurs : Anafranil, Laroxyl, Surmontil…
  1. Antidépresseurs tricycliques
  2. Mirtazapine
  3. Paroxétine
  • Anxiolytiques :
  1. Antihistaminiques
  2. Bétabloquants
  • Thymorégulateurs : Dépakote Théralite
  1. Lithium
  2. Valproate
  3. Gabapentine
  4. Carbamazépine
  • Antipsychotiques : Zyprexa, Risperdal, Abilify
  1. Clozapine
  2. Olanzapine
  3. Quétiapine
  4. Rispéridone
  • Somnifères

Inversement l’obésité elle-même peut être responsable de troubles psychiatriques à type d’anxiété ou de dépression. La proportion de malades traités par psychotropes est donc importante d’autant plus que le poids est sévère et que la maladie devient chronique (13).

Proportions estimées de femmes et d’hommes sans médicaments psychotropes en fonction de la sévérité de l’indice de masse corporelle et du temps.

Il existe donc une relation perverse entre les troubles psychiatriques et l’obésité ; le malade obèse est piégé dans sa maladie et se fige au fond d’une spirale infernale dont l’issue irréversible semble acceptée par tout le monde, malades et médecins.

Ce dernier constat est insupportable et inacceptable ! Il y a bien sur des solutions. Il existe des médicaments ou des traitements non médicamenteux aux actions similaires sans effets sur la prise de poids. Au contraire.

Il sera de notre devoir de proposer dans les dossiers suivants les solutions adaptées.

L’insuline: bien des erreurs sont faites!

L’insuline est le traitement charnière du diabète. Il existe deux diabètes. Le I et le II. Ces deux maladies n’ont rien à voir. L’une est due à l’absence de sécrétion d’insuline par le pancréas, l’autre correspond à un pancréas qui produit trop d’insuline…. Il n’est pas raisonnable de continuer à nommer 2 maladies aux processus opposés, par le même nom. Les confusions physiopathologiques sont quotidiennes. Autant il est licite et indispensable de proposer de l’insuline à un diabétique de type I, autant l’indication de ce même médicament doit être remis en cause dans le diabète II. J’ai déjà expliqué pourquoi dans un précédent dossier. Le problème avec l’insuline, c’est qu’il s’agit d’une hormone de stockage. L’augmentation de sa sécrétion par le pancréas ou l’apport exogène sous forme de médicaments est suivi d’une obligatoire prise de poids.

Il existe des millions de diabétiques en France, de type II dans 90% des cas. L’obsession de la glycémie basse aboutit trop souvent à la prescription inappropriée d’insuline. On rajoute de l’insuline à l’insuline. On augmente le stockage chez des malades déjà en surpoids ou obèses. Outre l’inefficacité de ce traitement, on aggrave l’obésité…et le diabète.

Il y a d’autres solutions…

Donnons-nous rendez-vous pour la suite des explications dans le prochain dossier !

Docteur Philippe Guérin

Le Docteur Philippe Guérin encadre les séjours dans notre institut Jeûne & Santé dans le respect des règles sanitaires

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    Références

    1. Chemical toxins: a hypothesis to explain the global obesity epidemic. Baillie-Hamilton PF.  J Altern Complement Med. (2002) 8:185–92.

    2. Metabolism disrupting chemicals and metabolic disorders. Heindel JJ, Blumberg B, Cave M, Machtinger R, Mantovani A, Mendez M, et al. Reprod Toxicol. (2017) 68:3–33.

    3. Overview of air pollution and endocrine disorders. Darbre PD.Int J Gen Med. 2018 May 23;11:191-207

    4. Sun lotion chemicals as endocrine disruptors. Maipas S, Nicolopoulou-Stamati P.Hormones (Athens). 2015 Jan-Mar;14(1):32-46.

    5. Comment protéger mes patients de la contamination chimique & des perturbateurs endocriniens ? Guide à l’usage des médecins libéraux 2020 URPSml PACA

    6. Human exposure to endocrine disrupting chemicals: effects on the male and female reproductive systems. Sifakis S, Androutsopoulos VP, Tsatsakis AM, Spandidos DA.Environ Toxicol Pharmacol. 2017 Apr;51:56-70

    7. Health impact of the Anthropocene: the complex relationship between gut microbiota, epigenetics, and human health, using obesity as an example. Torp Austvoll C, Gallo V, Montag D.Glob Health Epidemiol Genom. 2020 Apr 20;5

    8. Endocrine disrupters as obesogens. Grün F, Blumberg B.Mol Cell Endocrinol. 2009 May 25;304(1-2):19-29.

    9. Prise de poids induite par les psychotropes : une revue de la littérature concernant les données épidémiologiques, les mécanismes et la prise en charge. Ruetsch 1, Un Viala , H Bardou , P Martin , MN Vacheron. Encéphale. Juil-Août 2005;31(4 Pt 1):507-16.

    10. Communiqué de presse : Handicap psychique : un enjeu d’intégration et de maintien en emploi Paris, le 10 octobre 2016 – A l’occasion de la Journée mondiale de la santé mentale, (Institut Randstad)

    11. Épidémiologie et fardeau. Dépression – 17.06.2018

    12. Psychotropes et poids. Loïck Locatelli, Alain Golay Nutrition-Obésité 21 mars 2018 599 ISSN : 1660-9379

    13. Obesity and psychotropic medication: a prospective register linkage study among midlife women and men. Svärd A, Lahti J, Rahkonen O, Lahelma E, Lallukka T.BMC Psychiatry. 2016 Jun 6;16:185